J'suis incapable de fonctionner correctement et ça me fait chier. J'suis incapable de vivre sans y penser.
J'aimerais reculer dans le temps et ne jamais vivre ces instants. Instants de marde qui me rongent en dedans.
J'ai l'impression que c'est le début de la fin et je déteste penser comme ça. J'ai pas le droit de penser ça. Je dois rester positive et je dois avoir la foi. La foi en son courage, en sa force. Je lui dois bien ça.
Je passerais mes journées couchées là, sous les couvertures. On dirait que je suis plus capable de faire autre chose que d'y penser. Le matin en me réveillant, le déjeuner en mangeant mes toasts, l'avant-midi alors que j'essaie de remplir ma journée de bonnes volontés (sans succès), le midi en mangeant ma sandwich, l'après-midi en rageant contre moi-même parce que je n'ai rien fait encore, le souper en mangeant sans appétit, la soirée en étant découragée parce que j'ai rien fait de la journée (finalement), le soir avant de me coucher, la nuit dans mes rêves... Et tout recommence le lendemain.
Je suis tannée d'avoir ça dans la tête. Je suis tannée de me repasser les mêmes scénarios dans ma tête. De voir ma tante, de voir mon oncle, de voir mes cousins, mes cousines... De le voir lui, comme ça. De me voir moi aussi, aussi vulnérable et aussi impuissante. Et ça ça fait mal. Être impuissant. Si vous saviez tout ce que je donnerais en ce moment pour que tout ça s'en aille. Pour que la maladie s'envole de lui. Mais ça n'est pas comme ça que ça fonctionne.
Aujourd'hui encore, il est là-bas, à l’hôpital. Ils lui passent des dizaines de tests. Ils le trouent de partout. Il essaie de le réparer, notre petit Bastien.
Fait chier. Fait chier d'être là à ruminer. Fait chier que la vie doive continuer. Fait chier que si jamais il lui annonce une très mauvaise nouvelle, qu'on ne pourra même pas être là pour lui à temps-plein. Non. Parce qu'il faut travailler. Parce qu'il faut continuer à vivre. On ne peut pas tout arrêter. On ne peut pas profiter...
Je souhaite tellement que tous ces instants qu'il vit en ce moment ne soient pas ses derniers... Mais je ne peux pas arrêter d'y penser. Parce que c'est grave. Parce que les cancérologues n'ont jamais vu de masse aussi grosse couvrir le coeur, couvrir les poumons. C'est horrible. Je n'arrive pas à me le rentrer dans la tête. Notre Bastien qui pourrait partir, du jour au lendemain. Non, je ne peux pas l'accepter et me faire à l'idée...
J'ai hâte que le vrai diagnostic sorte. J'ai hâte d'arrêter de me faire les pires idées. J'ai hâte d'arrêter d'y penser. J'ai hâte que tout finisse... J'ai hâte que tout redevienne comme avant...
1 commentaire:
Mon dieu, ma Ephou, si tu savais à quel point je te comprends. À quel point j'ai eu exactement les mêmes pensées, les mêmes obsessions, la même incapacité à vivre... Pendant un bon 3 semaines, si c'est pas 4, en 2010 quand mon grand-père a fait sa crise cardiaque... J'ai jamais vu quelque chose de si atroce, de le voir agoniser sans rien pouvoir faire, et en même si merveilleux de voir que ça n'avait pas du tout affecté sa personnalité, qu'il continuait à rire, à raconter 4000 conneries, bref... À passer de bons moments avec nous de sa chambre de soins intensifs où on pensait bien qu'il allait finir ses jours...
C'est impossible de passer son chemin sans s'arrêter parfois. Parfois, oui, on continue à travailler, mais en même temps tout le reste est en suspend, en attendant, les journées sont pénibles, longues et intenses, à chaque matin, tu te dis que tu seras pas capable de passer la journée sans t'effondrer, sans crier à tue-tête, sans avoir envie de tout lâcher sans te retourner...
Et puis ça passe. L'attente devient une habitude. À défaut de voir les choses s'améliorer, on se réjouit qu'elles ne se détériorent pas davantage. C'est terrible mais c'est comme ça....
Je t'aime Princesse. Tu sais que je serai toujours là pour toi. N'oublie pas.
Arie xxxx
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