Il était onze heure moins quart quand l'envie du froid s'opposa à Stéphanie. Sans même tenter de se convaincre elle-même de tout simplement rester au chaud dans sa chambre, sous ses couvertures, elle s'abandonna à son désir et se leva. Après s'être emmitouflée dans son chaud manteau d'hiver, ses petites mitaines, son foulard et ses grosses bottes, Stéphanie mit son capuchon sur sa tête et sortit dehors, sous le ciel étoilé.Le vent était particulièrement calme cette nuit-là, mais il était tout de même assez fort pour que Stéphanie puisse sentir un souffle frais sur ses joues déjà rosées. La neige tout autour d'elle scintillait comme des milliers de cristaux, sous les quelques lampadaires encore fonctionnels de la rue où elle s'était aventurée. Il lui semblait même qu'elle pouvait sentir à plein nez l'odeur d'un Noël qui approchait à grand pas, uniquement en respirant ces poussières de neige qui virevoltaient autour d'elle.
Avec cette soudaine paix intérieure qui l'envahissait à cet instant, tout semblait se situer tout près aux yeux de Stéphanie et elle aurait pu se rendre très loin encore, en marchant. Elle arriva cependant à un petit parc où avait été aménagé une petite montagne pour que les jeunes puissent glisser à leur aise avec leurs traîneaux, tout l'hiver. À ce moment, elle observa autour d'elle les environs et tomba amoureuse de son quartier. Quelques minutes, elle s'assit donc sur le dessus de la montagne et regarda attentivement les mouvements de son coin de ville.
Quelques lumières ici et là se promenaient sur les routes, accompagnant les phares de quelques voitures ayant osé sortir de leur entrée par un froid si intense. On pouvait aussi admirer certains oiseaux assez courageux pour être restés tout l'hiver dans ce climat si glacé en hiver et surtout, assez courageux pour sortir de leur cachette à cet heure, alors que la température devait être sous zéro. Par moment, on pouvait même apercevoir quelques personnes qui avaient été aussi folles qu'elle pour jouer les volatiles, eux aussi.
Alors qu'elle s'apprêtait à regagner ses couvertures, Stéphanie sentit qu'elle n'était plus seule et sourit, tout bêtement. En effet, un jeune homme s'était assis près d'elle, une cigarette à la bouche et regardait l'horizon, tout comme elle. La réaction qu'elle eut à ce moment ne fut pas celle qu'elle aurait eu tous les jours, alors que le soleil semblant lui voler toute bonne chose et ne lui laisser que timidité. Elle osa donc prononcer les premiers mots, après qu'il ait terminé de fumer son unique cigarette et l'ait lancé un peu plus loin, dans la neige.
« Moi c'est Stéphanie. » dit-elle, calmement.
Le garçon tourna enfin la tête et regarda la jeune fille dans les yeux pendant quelques secondes, qui lui parurent plus longues qu'elles ne l'avaient été. Stéphanie se sentit soudainement émue, comme si elle venait de retrouver un grand confident qu'elle avait perdu depuis toujours. Maintenant incapable de se retenir, elle laissa perler les quelques larmes qui osèrent venir s'imprégner sur ses joues si froides. Le garçon ne sembla pas surpris et passa son pouce sous les yeux de Stéphanie, aussi naturellement que possible.
« Tu peux m'appeler Pierrot. » déclara-t-il donc enfin.
Stéphanie baissa la tête et se mit à rire nerveusement, en reniflant légèrement.
« Excuse-moi, c'était plus fort que moi...
-C'est pas grave, j'suis pas du genre à m'enfuir quand j'vois quelqu'un pleurer.
-Pourtant, tu devrais.
-Ah bon? Pourquoi j'devrais laisser quelqu'un derrière moi alors qu'il me fait le plus beau cadeau du monde en s'confiant indirectement à moi?
-Parce que tu pourrais tomber sur des gens comme moi... »
Le garçon sourit, sans trop que Stéphanie ne comprenne la raison du pourquoi. Elle parut confuse, mais n'eut pas le temps de prononcer un mot, parce que Pierrot la devança de quelques secondes.
« Tu m'fais penser à moi quand j'étais plus jeune. » lança-t-il tout bonnement.
Ce n'est qu'à cet instant que Stéphanie remarqua que les traits de visage de son compagnon nocturne étaient assez révélateurs sur son âge. Celui-ci devait avoir environ dix-neuf ou vingt ans, alors qu'elle en avait seize. Certes, l'écart d'âge n'était pas si grande, mais si Stéphanie ressemblait vraiment à Pierrot lorsqu'il avait son âge, il est normal que cette transition ait été la plus longue de sa vie, jusqu'à maintenant.
« Toujours en train de flâner, un peu comme en c'moment d'ailleurs, pour oublier qu'il y a tant d'choses qui pourraient aller mieux autour de moi, même si pourtant, j'suis parfaitement conscient que j'devrais remercier la vie de m'avoir choisis, comme toute personne sensée. » continua-t-il sur sa lancée.
La jeune fille cessa de regarder le garçon et hocha la tête, en simple signe d'approbation. Elle ne comprenait pas très bien ce que Pierrot tentait de faire en ce moment même, en lui parlant de tout cela. Seulement, même si elle était secrètement déroutée de cette soudaine rencontre, Stéphanie était heureuse qu'il soit auprès d'elle. Enfin, elle se sentait un peu moins seule à penser ainsi.
« N'oublie jamais qu'il y'aura toujours quelqu'un près d'toi quand t'en auras besoin. » dit-il subitement.
Stéphanie sourit, puis le regarda à nouveau. Pierrot avait tellement l'air de savoir quand dire les mots aux bons moments qu'à cet instant, elle eut l'impression que plus jamais elle ne pourrait se passer de sa présence à ses côtés. Il ressemblait beaucoup trop, étrangement, à ce grand ami qu'elle attendait depuis si longtemps. Même s'il n'avait pas dit grand-chose jusqu'à maintenant et qu'elle ne le connaissait pas vraiment, elle était certaine qu'il était exactement comme elle se l'imaginait. Ce fut donc clair pour elle qu'après aujourd'hui, chaque soir, elle viendrait ici, dans l'espoir de revoir son nouvel ami, dans l'espoir d'entendre à nouveau cette voix si angélique à ses oreilles.
Soudainement, la neige commença à tomber de plus en plus fort. Ce fut alors comme dans un film et le cliché devint réalité : les deux compagnons se couchèrent sur le dos, côte à côte, regardant au dessus de leurs têtes la pluie magique qui s'offrait à eux. Stéphanie osa rêver que le temps ne tourne plus jamais et qu'il fige cet instant à jamais. Ce qui était sûr, en tout cas, c'est que si elle ne revoyait jamais Pierrot, elle se souviendrait quand même éternelement de cette rencontre, puisque ce soir-là, elle commença à vivre...
1 commentaire:
J'adore, j'adore Pierrot...
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